RIEN QUE POUR LES (petits) ENFANTS !

 

 

 

 

                                   PAPA FAIT L'ESCARGOT

 

 

Le départ en vacances est depuis toujours un événement extraordinaire dans ma famille.

C'est la seule fois de l'année où papa lave la voiture jusqu'à ce qu'elle brille de mille feux.

Maman met la machine à laver en marche qui ne s'arrête plus de tourner et retourner le linge. Puis, elle le repasse et le range dans les valises bien alignées sur le lit. Maman est très organisée.

Mon frère et moi choisissons les livres et les jouets à emporter dans nos sacs. Il ne faut pas oublier les pelles et les seaux car cette année, nous allons au bord de la mer.

Je me vois déjà roulant dans les vagues déchaînées, enterré jusqu'au cou dans le sable, éclaboussant mon petit frère de glace à la framboise, construisant un château hanté.

Papa, tout à coup, devient tout rouge. Il crie très fort que toutes ces valises ne rentreront jamais dans le coffre et que maman est complétement folle.

Moi, je crois plutôt que c'est lui qui est fou parce que, quand il est calmé, les valises rentrent facilement.

Il se met alors au volant et donne un grand coup de klaxon. C'est le signal du départ.

EN ROUTE POUR LES VACANCES!

Soudain, dix kilomètres plus loin, maman lève les bras au ciel, supplie papa de faire demi-tour car elle a oublié son peignoir rose, celui qu'elle emmène toujours en voyage.

Et la discussion commence et n'en finit plus. A bout d'arguments et vingt kilomètres encore plus loin, papa fait un demi-tour complet et nous rentrons à la maison.

 

Sur la route, il y a beaucoup de monde. Des enfants se penchent aux fenêtres des voitures et nous font coucou. D'autres, nous tirent la langue. Les vilains!

Mon frère et moi, quand on a bien regardé le paysage, on joue avec nos ours et nos poupées. Parfois, on joue aux cartes mais il triche et ça finit toujours par une bagarre.

Il est midi. Maman dit qu'elle a faim et qu'il faut se reposer. On mange des sandwiches, des oeufs et des tomates. Je  cours beaucoup pour me fatiguer avant de remonter en voiture.

PROCHAINE ETAPE : LA PLAGE!

 

            - Ca y est : un bouchon! S'écrie papa qui pense à sa moyenne.

Trois kilomètres plus loin, il ronchonne de plus en plus:

            - Ce n'est pas un bouchon, c'est un escargot!

            - Un escargot! Où ça papa ? Je t'en prie, ne l'écrase pas! pleurniche déjà mon frère.

            - Ce n'est pas l'animal, gros bêta! On appelle "escargot", une voiture qui roule très lentement et qui ralentit les autrres derrière elle.

L'escargot refuse d'accélérer et la file s'allonge .

            - Ne t'énerve pas, chéri, c'est mauvais pour les nerfs! Soutient maman.

            - Je vais le doubler sinon demain, nous y sommes encore!

Papa profite d'un espace et le dépasse. Soudain, un coup de sifflet strident stoppe net la voiture.

            - Vous n'avez pas vu la ligne blanche? Demande le gendarme.

            - La visibilité était bonne! Plaide papa.

            - Le code la route précise qu'il est interdit de franchir une ligne blanche continue. L'auriez-vous oublié?

            - Non  monsieur! Répond papa, assagi.

            - Vos papiers!

            - Tenez!

            - Je vais vous verbaliser! Dit le gendarme en sortant de sa poche son calepin. Et ne recommencez plus!

 

Papa redémarre tout doucement. Avec tout ça, l'escargot est loin devant nous et on va devoir à nouveau le doubler.

            - C'est toi maintenant qui fait l'escargot! Affirme maman pour détendre l'atmosphère.

Au bout de quelques instants, papa rretrouve le sourire et nous éclatons tous de rire car, finalement, nous sommes en vacances et nous avons le temps.

 

 

 

 

                                   DISPUTE DANS UN LIT

 

 

 

L'oreiller s'ennuie ferme dans sa taie. Il marmonne des rancunes tenaces:

            - Je n'arrive pas à respirer, enfermé comme je suis! Un peu d'air pur me ferait le plus grand bien. Et puis, je suis toujours secoué, tapoté, dès le matin. Toute la journée, je suis oublié. Quand on pense à moi, c'est pour m'écraser. Aucune reconnaissance ne m'est accordée. C'est tout de même grâce à moi que la petite Marie dort bien! Je hais tous ces boutons qui me démangent continuellement! Et cette couleur: j'ai horreur du violet!

            - De quoi! De quoi! s'indigne la taie. La petite Marie fait de beaux rêves grâce à la douceur de mon tissu et à la beauté de mes pois. Je suis à la mode tandis que vous, monsieur l'oreiller, vous êtes d'une blancheur! Elle enfouit sa tête pour y creuser son nid. Parfois, elle me suce me prenant pour une tétine.Je ne rouspète jamais! Je reçois ses larmes et les sèche pour la consoler losqu'elle a du chagrin...

            - Qu'entends-je? s'écrie le drap du dessus. J'ai l'impression qu'on m'oublie. Sans moi, point de douce nuit car je la recouvre d'un voile douilllet. J'aime lorsqu'elle me tire sur elle pour la protéger d'un ennemi invisible. Je lui sers de bouclier et la cache aux regards indiscrets. Je la borde pour lui éviter de chuter...

            - ... Tout cela est faux! S'insurge la couverture. Qui lui apporte la chaleur indispensable à une nuit calme et tranquille? Qui forme un rempart contre le froid qui la ferait frissonner? Qui l'empêche de s'enrhumer ou de tomber malade? Qui lui apporte ce bien-être qui la rassure? Moi, tout simplement...!

            - Celà suffit! ronchonne le matelas. La petite Marie dort bien grâce à moi ! Je prends la forme de son corps et me soumets à ses volontés. Je résiste au sommeil pour m'adapter à ses mouvements qui, quelquefois, surprennent ma vigilance. Je tiens bon face à ses sautes d'humeur qui la font bondir sur mon dos. Je lui pardonne ses agressions. Elles font partie des joies de son âge...

            - ...Permettez! interrompt le sommier. Mes ressorts sont fatigués. Je supporte son poids sans récriminer. Sans moi, le lit serait mou. C'est moi qui lui donne ce confort qui crée les nuits douces et reposantes. Le matin, la petite Marie arbore une mine fraiche et resplendissante grâce à moi.

Bref, ce matin-là, le lit ressemble à un pugilat où tous les coups bas sont permis.

Seul, le drap du dessous joue les arbitres et reste coi.

Le soir venu, les humeurs se calment car voici la petite Marie, pimpante dans sa chemise de nuit.

Elle ouvre le lit, fait bâiller d'aise le drap du dessus, tapote l'oreiller. La taie reçoit sa joue, la couverture la réchauffe, le matelas et le sommier dessinent les contours de son corps.

Tout le monde est content. Enfin!

Bonne nuit, la petite Marie!

 

 

 

 

                   LE PETIT CHAT ET LA GRAND-MERE

 

 

 

Un petit chat ronronne paisiblement devant une fenêtre. Son pelage est roux et ses yeux sont verts. Le soleil réchauffe ses longs poils. Il se sent heureux, à l'abri, dans la maison.

Sa maîtresse dort dans le grand lit à côté de lui. Elle ronfle très fort. Parfois, elle ronfle si fort qu'elle empêche le petit chat de se reposer. Lorsque la sieste "officielle" est terminée et que la grand-mère se lève, il est tellement fatigué qu'il fait semblant de rêver pour rester couché.

C'est une grand-mère toute menue et chétive mais son coeur est gros comme ça. Elle vit seule depuis longtemps car elle n'a jamais eu d'enfant. Lorsqu'elle a rencontré le petit chat et l'a trouvé si mignon, elle lui a promis le gîte et le couvert. En échange, il lui donnerait un peu de tendresse.

Il a dit oui parce qu'l avait beaucoup de tendresse à offrir et qu'il avait faim et froid.

Leur vie commune durait depuis deux ans et malgré quelques petits nuages, ils étaient heureux l'un près de l'autre.

Il était bien nourri: le bol de lait était toujours rempli et les croquettes de poisson servies en temps et en heure. La litière sentait bon. Le panier était doux et large.

Il se baladait dans la maison en toute liberté. Quand la grand-mère faisait ses comptes, il prenait un malin plaisir à l'aider: il grimpait sur la table d'un saut magnifique et piétinait les papiers. Ou bien il s'étalait de tout son long en étirant les pattes le plus loin possible et faisait le mort.

La grand-mère riait, lui donnait des baisers, gratouillait son ventre quelques instants. Alors, satisfait, il consentait à déguerpir de la table devenue un vrai capharnaüm.

Quelquefois, il se promenait dans le jardin. Il le trouvait beau: d'un côté, les fleurs; de l'autre, les légumes.Jamais une fleur ne poussait dans les légumes, ni un légume dans les fleurs. Miracle de la nature!

Il humait les roses en évitant de marcher dessus. Il surveillait les tomates et les pommes de terre pour voir si elles poussaient suffisamment. Lorsqu'il estimait que la terre était trop sèche, il l'arrosait.

C'eut été la belle vie si le voisin ne possédait un chien qui s'appelait Médor. C'était un chien de garde grand et fort qui faisait peur aux gens. Le facteur était son ennemi préféré et les fesses du pauvre homme se souvenaient des crocs acérés de cette bête féroce.

Lorsque le petit chat sortait dans le jardin, Médor aboyait. Le chaton n'y prêtait guère attention car un énorme grillage les séparait Et c'est peut-être ça qui énervait le plus Médor: ne pas pouvoir croquer ce petit chat à la chair si tendre.

Un jour, cependant...

La grand-mère avait l'habitude de l'emmener faire les courses. Le petit chat grimpait dans le panier et en route.

Quand elle ressortait de la crémerie, sa boisson favorite pendait au bout de sa main. Si elle oubliait la bouteille de lait, il miaulait. Alors, elle comprenait et s'excusait en retournant dans le magasin.

Ce jour-là, il était devant la boutique lorsqu'il aperçut la masse énorme de Médor qui venait droit sur lui. Il se recroquevilla tout au fond du panier. Médor le frôla sans le voir, le dépassa et rebroussa chemin. Son ombre noire couvrit bientôt le petit chat qui tremblait de peur. Les crocs se montrèrent dans toute leur hargne de mordre et se rapprochèrent dangereusement.

Ils allaient croquer... lorsque la grand-mère sortit de la boutique, faisant fuir la bête et sauvant le petit chat qui se voyait déjà dans l'estomac du chien.

Le soir, le petit chat s'installait sur les genoux de la grand-mère. Elle le caressait tout en regardant la télévision. Leurs émissions préférées étaient celles qui montraient la vie des animaux. Le petit chat fixait l'écran comme s'il allait bondir sur les oiseaux avant qu'ils ne s'envolent. Mais ils s'échappaient toujours. La vie était bien mal faite.

Le mercredi, un garçon venait passer l'après-midi chez eux. La grand-mère lui faisait apprendre ses leçons et corrigeait ses devoirs. Le petit chat s'allongeait sur le canapé et écoutait attentivement ce qu'il récitait.

Mais ce qui l'intéressait le plus, c'était le cours de botanique. Ils allaient dans le jardin et là, la grand-mère expliquait comment poussent les légumes, pourquoi les fleurs ont de si jolies couleurs. Parfois, elle coupait une rose pour la maman de l'enfant. 

Le garçon montait dans le grenier. Le chat le suivait car il était curieux. L'enfant ouvrait de vieilles malles poussiéreuses et en sortait tout ce qu'il y avait dedans. Des trésors qui appartenaient à la grand-mère et que personne n'avait touché depuis longtemps.

Lorsqu'il redescendait, il se faisait raconter la vie de ce temps-là où les trains n'existaient pas, où les robes étaient épaisses et lourdes, où l'on s'éclairait à la bougie. Il rêvait et s'inventait des histoires merveilleuses  dans lesquelles il était le héros.

Le petit chat aimait beaucoup le petit garçon. Il avait toujours une caresse à offrir ou un mot gentil à dire. Ils s'entendaient bien car ils se respectaient. Chacun restait à sa place et ne s'imposait pas à l'autre.

Il aimait beaucoup aussi sa maîtresse. Elle le nourrissait et lui donnait de l'affection.

Aussi, quand le garçon voulut emmener le petit chat chez lui, celui-ci fut bien embêté pour choisir car il aurait bien aimé faire plaisir aux deux.Il savait que la grand-mère le regretterait et que l'enfant aurait de la peine.

Il réfléchit, réfléchit et prit la décision de rester dans cette maison qui l'avait accueilli car la grand-mère était seule et avait besoin de compagnie.

Le garçon le comprit et continua de passer ses mercredis après-midi avec ses deux amis.